Un « vrai » chrétien peut-il fêter l’Halloween ?

À l’approche de la fête de l’Halloween, comme pasteurs de l’Église Le Portail, c’est une question qui nous est régulièrement posée : un « vrai » chrétien peut-il fêter l’Halloween ? Voilà une question très concrète, surtout pour les jeunes et les familles. Le plus souvent, dans les cercles évangéliques, la réponse tombe assez rapidement : non. Les raisons généralement avancées sont connues : l’Halloween serait une fête marquée par des symboles ténébreux, des origines obscures et païennes, et certains vont même jusqu’à affirmer que cette nuit serait le théâtre de manifestations démoniaques particulières. Mais faut-il vraiment s’arrêter là ?

LE BUT DE CET ARTICLE

Je profite donc de cette occasion pour répondre sous forme d’article. Toutefois, mon but n’est pas simplement de répéter ce qui a déjà été dit sur le sujet, ni de vous donner une réponse absolue, comme si cette question était évidente, déterminante pour votre salut, et pouvait servir de test pour distinguer les « vrais » des « faux » chrétiens. J’aimerais plutôt utiliser cette question comme point de départ pour réfléchir ensemble : d’abord à notre compréhension du lien qui unit l’Église à la culture, puis au lien qui unit l’Église à l’Évangile.

NOTRE RAPPORT À LA CULTURE

Ce que tu crois réellement influence ta manière de marcher, et ta manière de marcher révèle ce que tu crois réellement. Conséquemment, la façon dont l’Église répond à une question comme celle de l’Halloween révèle beaucoup de sa position face à la culture ambiante. Traditionnellement, on peut observer deux grandes manières par lesquelles l’Église réagit à la culture1.

Premièrement, il y a les églises qui l’acceptent et la reçoivent presque entièrement. On nomme généralement ce modèle « l’Église attractionnelle » : une Église qui désire, par-dessus tout, attirer les gens en imitant la culture qui l’entoure.

Une deuxième manière de réagir, à l’inverse, consiste à rejeter la culture en bloc en la considérant comme fondamentalement mauvaise. La conséquence d’une telle posture, c’est que certaines églises peuvent rapidement devenir sectaires, refermées sur elles-mêmes et incapables de comprendre les gens qui les entourent. Dans Jean 17.15, Jésus ne prie pas pour que nous soyons retirés du monde, mais pour que nous soyons préservés du mal. L’Église doit donc être présente dans le monde et y briller ; elle ne doit pas s’en retirer ni se replier sur elle-même en attendant le retour de Jésus.

Les extrêmes sont rarement une bonne chose, et chacun de ces modèles représente justement un extrême. Malheureusement, l’être humain aime souvent s’y réfugier. Ces deux modèles contiennent une part de vérité, mais aussi des angles morts. La réponse biblique ne se résume pas à une formule simple qu’il suffirait d’appliquer mécaniquement à toute situation, sans nuances. Avec la Parole, le Saint-Esprit, la sagesse, le discernement et le gros bon sens, il faut apprendre à considérer chaque élément d’une culture au cas par cas.

Autrement dit, dans une culture, il y a toujours des choses qui sont :

1) Bonnes et recevables : Dieu agit autour de nous, et même en dehors des murs visibles de l’Église ; on peut penser, par exemple, à la médecine ;

2) Neutres : comme des outils, dont la valeur morale dépend souvent de l’usage qu’on en fait ; pensons notamment à la technologie ;

3) Mauvaises et irrecevables : parce que le monde est marqué par le péché et que l’ennemi utilise aussi ce monde pour corrompre ; pensons aux philosophies matérialistes, relativistes et universalistes ;

4) Rachetables : c’est-à-dire des éléments culturels que l’Église peut chercher à comprendre, à récupérer et à réorienter à la lumière de l’Évangile.

L’Halloween entre dans cette dernière catégorie lorsque de nombreuses églises décident de récupérer cette fête ténébreuse et culturelle pour la transformer en fête lumineuse d’automne ou de la moisson, où les jeunes du quartier sont invités à venir déguisés, à s’amuser à l’église et à manger des bonbons à la gloire de Dieu.

Il s’agit là d’une belle image de rédemption, ainsi que d’une utilisation judicieuse d’un élément culturel pour en faire un événement missionnel. Personne ne vient à Jésus parce qu’il est impressionné par l’austérité, le manque de joie ou l’absence de festivités d’un chrétien. Mieux vaut être présent dans cette fête, mais d’une manière différente, que d’être absent et renfermé sur soi-même.

De plus, même dans sa forme culturelle, l’Halloween nous en dit beaucoup sur notre société et nous offre une réelle ouverture pour présenter l’Évangile. Pensez-y : nous vivons dans une société qui ne cesse de proclamer que la matière serait l’ultime réalité. Or, l’Halloween vient trahir cette affirmation et révèle que l’être humain est incapable de se résoudre entièrement à une telle vision du monde.

Une journée par année, l’être humain, même au cœur de sa société moderne, se permet de rêver à l’au-delà, au domaine spirituel et même au surnaturel. Cette fête révèle le désespoir ténébreux d’une humanité qui cherche à transcender la matière morte. Laissez-moi donc vous poser cette question : où sommes-nous lorsque le monde crie vers nous ?

NOTRE RAPPORT À L’ÉVANGILE 

La réaction de l’Église nous informe aussi sur sa compréhension de l’Évangile. Pourquoi ? Parce que lorsque des chrétiens font d’un sujet secondaire, comme celui-ci, une question déterminante pour distinguer le vrai du faux croyant, cela révèle une conception déficiente de la Bonne Nouvelle de la grâce.

Jésus n’est pas contaminé par la culture ni par l’Halloween ; c’est plutôt Jésus qui purifie, rachète et transforme la culture, y compris ce que l’Halloween peut devenir lorsqu’elle est réorientée vers lui. L’Évangile proclame Jésus Seigneur sur toutes les nations, toutes les ethnies, toutes les cultures et tous les royaumes de la terre. Refuser de participer à quelque chose uniquement parce que ses origines sont païennes reviendrait, en pratique, à refuser de participer à presque tout. Le but n’est donc pas de reculer devant la culture, mais d’avancer dans la culture avec Jésus.

De plus, l’Évangile proclame la victoire totale de Jésus sur le péché, la mort, Satan, les démons et le monde des ténèbres. Juger un frère parce qu’il décide d’aller briller à la gloire de Christ dans une fête d’Halloween, sous prétexte que cette fête serait associée à des « manifestations démoniaques particulières », c’est risquer de faire précisément ce que Paul réprimande en Colossiens 2.15-16 :

« Il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix. Que personne donc ne vous juge au sujet du manger ou du boire, ou au sujet d’une fête. »

De ce fait, il est mal de juger la foi, et plus encore le salut, d’un frère ou d’une sœur en raison de sa participation à une telle fête. Penser que la simple participation à un tel événement pourrait automatiquement le contaminer spirituellement revient, en quelque sorte, à diminuer la seigneurie de Jésus et à augmenter celle de Satan.

EN GUISE DE CONCLUSION

À la lumière de l’ensemble des Écritures, il semble donc possible pour un « vrai » chrétien de fêter l’Halloween. Ce qui est véritablement déterminant, ce n’est pas d’abord l’origine païenne ou obscure de la fête, mais la motivation, pour la gloire de Dieu, et la manière : fêter différemment du monde, en l’honneur de Dieu, afin de briller dans les ténèbres.

Pour conclure, rappelons, comme l’apôtre Paul le fait avec sagesse dans ses écrits, qu’il s’agit avant toute chose d’un cas de conscience du croyant devant Dieu. Il faut donc éviter de transformer une question secondaire en critère ultime de fidélité, tout en encourageant chacun à agir avec foi, discernement, amour et désir sincère d’honorer Christ.

 

Pst. Simon Archambault

Simon Jean-Claude Archambault est pasteur de l'Église le Portail Montréal-Est ainsi que responsable du ministère TATRAJ. Détenteur d’un baccalauréat en Théologie Biblique de l’ITF et d’une maîtrise en exégèse de l’UdeM, il est aussi membre du Concile SOLA et professeur d’herméneutique à l’Institut de Théologie pour la Francophonie (ITF).

Suivant
Suivant

La prédication christocentrique